« Papa, j’ai peur… »

Harcèlement« Papa, je ne veux plus aller à l’école. J’ai peur. » Lorsque Camille, ma fille de 8 ans, nous place Elodie et moi devant notre responsabilité de parents, il faut réagir. Tout est dans le « je ne veux PLUS« .
Dans le même temps, l’épouse du Président de la République s’engage contre le harcèlement à l’école. De cette mésaventure, je tire une conclusion, l’administration semble très fortement démunie face à ce type de situation. Il est temps de réagir, pour Camille, pour les victimes.

A force de ne pas vouloir de vagues, un directeur d’école vient de perdre la confiance à la fois d’une élève, mais aussi de ses parents fortement engagés dans l’école et d’une partie de la communauté pédagogique.
Harcèlement. Le mot est lâché. Depuis des mois, un enfant de l’école du même âge que Camille lui en fait voir des vertes et des pas mûres comme on dit souvent. Les enfants peuvent être terribles entre eux, on le sait tous.
Mais lorsque les mots se répètent, comme autant d’agressions, le simple fait d’imaginer croiser le (ou la) harceleur devient une souffrance.
Les symptômes sont là : baisse des notes, caractère renfermé, prise de poids, sommeil agité. Et surtout une douleur permanente, muette.

Heureusement, la maîtresse d’école a su réagir avec tact, pour protéger Camille tout en ne la surprotégeant pas, pour maintenir l’unité de la classe, pour éviter la création de clans.

Et puis la parole s’est libérée, et bien vite nous avons pu recueillir des témoignages d’autres parents. Toujours la même méthode, toujours le même enfant harceleur, et toujours cette difficulté à agir, à mettre des mots et des actes face à la peur et à l’angoisse.

Saisi depuis l’origine, le directeur a vite semblé dépassé par les événements, préoccupé oui, mais inefficace dans les réponses à apporter. Et peu aidé par le Rectorat. Comme si ce n’était pas grave, comme si la réputation de l’école devait passer avant toute chose, comme s’il valait mieux mettre son mouchoir dessus, pour ne pas faire de vagues.
Si, après plusieurs semaines, il a enfin demandé à une psy de passer. « Comportement d’un futur pervers narcissique » a t-elle tranchée. Je plains l’enfant et ses parents…

Je n’en veux pas au directeur, j’en veux au système, aux procédures, à la chaine de commandement de l’Education nationale et à cette pâte humaine qui est si désarmée lorsqu’un enfant s’en prend à un autre enfant.

Le problème, c’est que Camille a encore subi une violence verbale il y a deux jours. Que l’on s’est aperçu ce matin qu’une grande partie des faits avaient été masqués aux parents de l’enfant en cause, que le directeur de l’école s’est rangé du côté des autruches.

Résultat, il a fallu changer Camille d’école en urgence. Parce que l’école a fait preuve de ses lacunes pour traiter le cas de ma fille.

Une fois de plus, c’est la victime qui doit céder ; une fois de plus, c’est celle qui morfle qui doit mettre son mouchoir sur ses plaies ; une fois de plus, c’est le plus faible qui perd.

Pourquoi faire ce billet ? Car je suis très en colère. Contre un système qui, quoiqu’on en dise, ne sait pas traiter des cas de harcèlement moral. Contre une équipe pédagogique dépassée et pas formée. Contre un système qui n’est pas au service des victimes. Contre un système qui a oublié qu’il était au service des enfants.

Le harcèlement à l’école est un thème d’actualité. Chez nous, depuis plusieurs mois, c’est la vie quotidienne de Camille. Dès la fin de la semaine, elle aura changé d’école. Son ancien directeur aura la paix. Espérons qu’il pourra trouver le sommeil et que les grands yeux de Camille ne viendront pas (trop) le hanter.

Camille a 8 ans. A 8 ans, elle est une victime.

 

Les Commentaires ( 20 )

  1. de BGF
    posté le 6 mar 2018

    Erick,, tu as raison de pousser ce coup de gueule! C’est inadmissible et totalement représentatif de la société dans laquelle nous vivons. On donne raison à ceux que l’on craint plutôt qu’aux victimes!
    Tu devrais donner le nom de l’école, que les familles inscrites dans cet établissement puissent faire preuve de vigilance au cas où d’autres victimes encore ignorées étaient à déplorer…
    Bon courage à Camille et a vous…

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  2. posté le 6 mar 2018

    Merci BFG que j’adore ;-)
    T’inquiète les parents de l’Appel vont recevoir mon blog. Et ils savent quasiment tous…

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  3. posté le 6 mar 2018

    Il est important de dénoncer ce silence complice et cette immobilisme qui permet aux harceleurs de continuer leurs méfaits. Les victimes se retrouvent mise à part et ont la triple peine pendant que ceux que l’on devrait faire stopper peuvent agir librement.
    Le laisser faire revient à être complice.
    Je soutiens et partage le cri d’un papa qui doit être entendu et pris en compte pour que Camille et toutes les victimes de harcèlements ne soient plus jamais ignorées et qu’enfin ON AGISSE!

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  4. de CHEVROLAT patrick
    posté le 6 mar 2018

    Erick, Rlo
    comme dit par ailleurs, un bon papier mais celui je n’aurai jamais voulu le lire !!
    On est restés bouleversés à sa lecture avec Odile … Camille si gentille, si innocente, qui sera j’en suis certain, au service des autres plus tard, devenir victime si injustement !
    L’histoire se répète et Odile me remémore ce que nous avions vécu, subi, il y a 35/36 ans en arrière avec notre fils …
    Cela avait été très compliqué car la « harceleuse » était la fille de l’institutrice … et cela portait directement sur un problème médical …
    Très compliqué !
    Vous avez parfaitement agit avec Elodie et Camille a la chance d’être dans une famille aimante et cultivée !
    Quant serait il chez des gens sans moyens, sans recours … une souffrance ignorée aux conséquences surement terribles !
    Assure Camille de toute notre affection ! Elle en sortira meurtrie sans doute mais vous êtes près d’elle ! Mais elle en sortira aussi grandie et prête à se mettre toute droite plus tard, dans pas longtemps je pense, devant de telles situations.
    Je ne sais pas par quel canal tu pourrais faire passer ce papier à Brigitte Macron qui s’attaque depuis quelques jours a ce fléau du harcellement en milieu scolaire … Ce n’est pas de la Politique, mais de la Santé Publique !
    Bises a tous les 4 !

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  5. de Paul Mazard
    posté le 6 mar 2018

    Je pense à Camille qui va perdre ses copains en changeant d’école juste parce que… Double peine pour une enfant. Si le ministre lit ce blog, qu’il agisse !

      Répondre

  6. de CHEVROLAT patrick
    posté le 6 mar 2018

    Erick, Elo
    comme dit par ailleurs, un bon papier mais celui ci je n’aurai jamais voulu le lire !!
    On est restés bouleversés à sa lecture avec Odile … Camille si gentille, si innocente, qui sera j’en suis certain, au service des autres plus tard, devenir victime si injustement !
    L’histoire se répète et Odile me remémore ce que nous avions vécu, subi, il y a 35/36 ans en arrière avec notre fils …
    Cela avait été très compliqué car la « harceleuse » était la fille de l’institutrice … et cela portait directement sur un problème médical …
    Très compliqué !
    Vous avez parfaitement agit avec Elodie et Camille a la chance d’être dans une famille aimante et cultivée !
    Quant serait il chez des gens sans moyens, sans recours … une souffrance ignorée aux conséquences surement terribles !
    Assure Camille de toute notre affection ! Elle en sortira meurtrie sans doute mais vous êtes près d’elle ! Mais elle en sortira aussi grandie et prête à se mettre toute droite plus tard, dans pas longtemps je pense, devant de telles situations.
    Je ne sais pas par quel canal tu pourrais faire passer ce papier à Brigitte Macron qui s’attaque depuis quelques jours a ce fléau du harcellement en milieu scolaire … Ce n’est pas de la Politique, mais de la Santé Publique !
    Bises a tous les 4 !

      Répondre

  7. de JADA
    posté le 6 mar 2018

    De tout cœur avec vous
    c’est terrible de lire de tels faits
    Pire quand les victimes sont des enfants
    Que de la com sur le Harcèlement scolaire !!!
    il faut de la prévention et aider les enfants qui le subisse
    je lui souhaite de retrouver la paix dans sa nouvelle école….

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  8. de BGF
    posté le 6 mar 2018

    C’est l’histoire d’une petite fille de 8 ans, que nous appellerons « Marie ». L’époque? 2009/2010. Marie était élève de CE2 à l’école Saint Joseph des Brotteaux. Elle vivait chaque jour un véritable calvaire, en silence… Elle avait mal au ventre tous les matins en partant à l’école. Ses notes baissaient chaque jour d’avantage… Son professeur de CE2 n’était autre que le directeur de l’école. Quand Marie s’est enfin décidée à parler, à nous raconter son quotidien fait de railleries, de moqueries, de coups de pieds, de poussées dans les escaliers et d’insultes, nous avons pris rendez-vous avec ce directeur. L’entretien fut saisissant: Si Marie subissait tout cela, elle était certainement fautive et était forcément responsable de ce qu’elle subissait!!!
    Comme nous étions à la fin de l’année scolaire, nous n’avons pas changé Marie d’école.
    Malgré sa peur au ventre, Marie ne souhaitait pas changer d’école car sa meilleure amie était dans sa classe et elle ne voulait pas se séparer d’elle.
    Dès le 1er jour de la rentrée de CM1, un professeur EXCEPTIONNEL du nom de LAURENT LACORNE, qui avait été témoin des agressions subies par Marie et qui n’avait pas eu le droit d’intervenir tant qu’elle n’était pas dans sa classe,a pris les choses en main. Il a réglé son compte au harceleur devant toute la classe, simplement avec des mots. Il ll’a prévenu qu’il ne le laisserait pas faire et qu’il protègerait toute personne qui en aurait besoin. Puis il a pris Marie sous son aile et lui a promis de la protéger dans l’enceinte de l’école. Il lui a rappelé qu’elle était une petite fille adorable et intelligente et qu’il avait confiance en ses capacités. Marie était quasiment en échec scolaire en fin de CE2. Après 1 an passé avec ce professeur elle redevenait une petite fille brillante! Merci encore Monsieur LACORNE! Malheureusement vous êtes parti de Saint Joseph des Brotteaux et vous ne pouvez donc pas aider cette petite Camille…

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  9. posté le 6 mar 2018

    Même école, même directeur… heureusement, il existe des profs bien ! Voila, les noms sont lâchés.

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  10. de Henry RB
    posté le 6 mar 2018

    Merci Eric de porter ce thème émouvant sur la place publique. Nous avons tous été confronté et/ou entendu parler de cas similaires. Et n’oublions pas que derrière la lâcheté d’un directeur, il y a tout un système d’instruction publique qui nie l’émotionnel, réduit au silence la créativité et installe des rapports de force, tant entre adultes et enfants qu’entre enfants.

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  11. de Anne eli
    posté le 6 mar 2018

    Chers tous deux
    Il y a à Lyon une équipe formidable qui re-tricote la confiance perdue de ces enfants chahutés à l ecole. C est « chagrin scolaire ». Vous pouvez les contacter car ils m ont aidé dans une situation similaire pour une de mes filles qui aujourd’hui est une magnifique jeune adulte bien dans ses baskets !
    Biz Anne eli

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  12. de Montégu
    posté le 6 mar 2018

    Eric,
    J’ai lu attentivement ton blog et je comprends ta colère ! Camille est victime du système, ce qui est lamentable.
    J’aimon Fils qui a vécu cela il y a longtemps.
    Il en a porté les séquelles encore aujourd’hui.
    Camille a de la chance que vous vous en soyez aperçu et que vous la souteniez totalement. L’enfant certaines fois ne dit rien et là c’est terrible.
    Courage à Camille

      Répondre

  13. de MJ
    posté le 6 mar 2018

    Et dire que St Joseph des Brotteaux affirme sur son site internet qu’elle « cherche à valoriser les talents de chacun » sic. Shame on you Mr L… S… directeur de l’ecole !

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  14. de Bdlm
    posté le 6 mar 2018

    Eric
    Ma fille a connu cela à Fenelon.
    3 année de combat et hospitalisations à répétition. Elle a été de scolarisée et se reconstruit.
    Pour que ça n’arrive plus, je veux bien t’aider avec Elodie à surmonter cela et faire lobbying tout en haut !
    Bertrand

      Répondre

  15. de Philippe
    posté le 7 mar 2018

    Aujourd’hui des gens comme Erick peuvent sauver leur Camille en la changeant d’école.
    Que peuvent faire les autres, ceux qui n’ont souvent pas les moyens de fuir la lâcheté des responsables qui n’en sont pas ?
    Combien de temps les « braves gens  » vont ils tout subir en silence ?
    Dans les écoles, dans les transports en commun, dans la rue tard le soir ?
    Combien de temps le pouvoir dépassé ou laxiste laissera-t-il les honnêtes gens subir la loi des autres ?
    Combien de temps les gens en charge de la chose publique, la res publica, tolèreront-ils de tels avanies, loin du bien commun et pour préserver leurs petites carrières ?
    Combien de temps les gens auront-ils peur de leur ombre et peur d’être déférés devant le tribunal médiatique ?
    Durant tout ce temps là, il y aura d’autres Camille, d’autres mamies dévalisées en bas de chez elles, etc.
    La réponse est en chacun de nous.
    Libre à chacun que l’avenir sera pavé de roses, de tolérance, de partage, de fraternité et de je ne sais quelles billevesées qui ne castrent que les gentils et font sourire ceux qui s’affranchissent de toutes règles.
    Il s’agit de prévoir le réarmement moral, psychologique, physique des honnêtes gens et savoir livrer bataille pour se faire entendre.

      Répondre

  16. de Camille
    posté le 7 mar 2018

    oui c’ est très dur pour moi de quitter mes amis mais de changer d’école c’est un nouveau départ. J’espère ne plus revivre cela.

    merci de nous défendre.

    Camille Roux de Bezieux

      Répondre

  17. de MArie
    posté le 7 mar 2018

    Quand on voit le temps passé pour l’ecole Par Elodie comme pdte des parents d’eleves Ça laisse sans voix !

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  18. de Soune
    posté le 7 mar 2018

    Ma si gentille fille a vécu la même chose à 6 ans, insultée et frappée par un garçon et une fille de son âge. Je ne la reconnaissais plus, elle ne parlait ni ne mangeait plus. Depuis que nous l’avons inscrite dans une école catholique privée et emmenée chez un pédopsychiatre, elle a repris le sourire et l’envie d’aller à l’école et moi j’ai retrouvé ma petite fille. Vous avez fait le bon choix même si on se sent puni à la place du coupable.

      Répondre

  19. de Guillaume
    posté le 7 mar 2018

    Bravo Eric !
    Un coup de gueule qui peut s’avérer très bénéfique pour les éventuelles prochaines victimes de l’école !
    Bon courage à Camille pour sa prochaine rentrée.
    Bises

      Répondre

  20. de S
    posté le 7 mar 2018

    Bisous et courage a la si douce et si gentille Camillette

      Répondre

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