Qui se souviendra de Robert Hutnik ?

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Slovaque, il avait choisi de s’engager dans la Légion Etrangère. Il a été tué en Afghanistan
le 8 avril, dans la vallée du Tagab, où il effectuait une mission de soutien au profit de l’armée afghane. Il avait 23 ans.
L’un de ses camarades du 2e REP, le capitaine Augustin de Cointet, a choisi d’écrire une « lettre à un ami journaliste ». Un témoignage fort contre certains raccourcis médiatique. J’ai choisi de vous la faire partager. En hommage à nos soldats qui, loin de la France, tombent au champ d’honneur et pour qui les médias n’offrent que quelques lignes de brèves en forme de requiem. C’est le 41e soldat français à tomber en Afghanistan depuis 2001. Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, lui a octroyé la nationalité française à titre posthume et l’a fait Chevalier de la Légion d’Honneur…

Cher ami,

La nouvelle tombe dans les media aussi vite qu’Hutnik est lui-même tombé. C’est le droit à l’information. La France doit savoir que meurent ses enfants, même s’ils le sont d’adoption, comme lui, Slovaque.
Tu le sais, je ne suis pas journaliste mais soldat. Je ne suis pas un professionnel de la communication comme toi. J’ai peu appris à relayer des informations d’une telle portée. C’est pourquoi il faut que tu m’aides. Il faut que tu m’aides, car j’ai le sentiment que dans la précipitation du spectaculaire, on le tue une deuxième fois. J’ai l’impression qu’on bafoue son patient travail avec son bataillon depuis trois mois – et pour lequel il est mort.
J’ai besoin que tu m’aides à faire sentir ce qui se passe réellement ici, à faire comprendre ce qui justifie que je laisse ma femme et mes enfants le long temps de cette mission. Que tu m’aides à proclamer que malgré sa mort ce n’est pas un échec. Que tu m’aides… plutôt que tu l’aides…

Hier après-midi, Hutnik a bravement accompli son devoir, sa mission jusqu’au bout, en bon légionnaire. Ce matin, le poste annonce : « un soldat français du 2ème Régiment étranger de parachutistes est tombé dans la vallée de Tagab en Kapisa, région où les Taliban sont toujours plus virulents ». Voilà. Ces derniers ont gagné. A la face du monde ils sont les puissants, incontrôlables et vainqueurs.

Mais en fait, s’est-on interrogé sur ce qu’il se passe réellement dans la basse vallée de Tagab ? Ce sud Tagab où aucun occidental ne pouvait passer sans de sérieux accrochages. Ce sud Tagab où deux de tes confrères ont été, il y a cent jours, enlevés. Ce sud Tagab que notre armement permettrait de mettre à feu et à sang.
Au contraire, Hutnik et ses camarades ont réussi l’incroyable pari de s’implanter dans la zone, d’y rester, sans heurts, d’y acquérir, progressivement, la confiance de la population, de confier, petit à petit, sa sécurité à l’armée Afghane plutôt que française. A quel prix ? Celui d’une stricte discipline au feu, d’une retenue des coups portés. Celui d’un certain dédain du danger, de ne pas répondre systématiquement et de manière aveugle. Accuser le choc, ne frapper que lorsqu’on est certain, cogner peu, mais taper à coup sûr, fort et ciblé, seulement alors qu’on l’a décidé. Etre sûr pour garder la main, préférer le feu rare mais précis, neutraliser seul celui qui nous tire dessus, en être persuadé et l’accepter.
Ce travail de mesure, de patience d’un Hutnik rongeant son frein à force d’encaisser paie. Les femmes et les enfants, les hommes eux-mêmes, constatent que les seuls coups assenés ne tombent que contre les vrais adversaires. Ils voient nos troupes sans volonté de détruire, maîtresses de leur force.
Alors qu’elle trouvait hier des combattants, Tagab l’insoumise cherche à présent son développement. Le travail du soldat est loin d’être terminé : il faut remonter plus au Nord vers ses camarades de l’autre groupement français, poursuivre son patient travail de pacification.

Derniers tirs sporadiques, Hutnik tombe. Hutnik tombe sous les tirs des derniers groupes insurgés présents. Hutnik tombe car les Taliban sont justement de moins en moins virulents.

Aussi, aide-moi à honorer la mémoire de cet ardent légionnaire. Qu’on ne gâche pas sa dernière tâche, qu’on ne gâche pas sa mort. Qu’on n’offre pas une victoire de communication à l’adversaire fébrile. Au contraire, avec tes confrères, appuyez le dernier combat d’Hutnik. Aidez cette population qui désormais, d’elle-même, dénonce l’insurgé. Je vous en conjure, parlez des projets d’essor qui peuvent et doivent être proposés au sud Tagab, évoquez la culture du safran qui pourrait remplacer celle du pavot, venez compléter l’œuvre de pacification par celle du développement…

… et laissez à Hutnik les fruits de son travail.

A Tora, le 9 avril 2010

Les Commentaires ( 9 )

  1. de rieuxx
    posté le 25 avr 2010

    Bravo, efficace, libre et si vrai. Honneur au soldat mort pour la France dans la défense des plus faibles. Merci capitaine de votre générosité, de votre sens humain de l’autorité, de votre mission

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  2. de charlotte dameron
    posté le 26 avr 2010

    quel bel hommage à la mission du soldat. dans notre époque où les exemples donnés à des jeunes massivement abrutis
    de T.V et de journaux « people » , où compte plus les droits que les devoirs… penser aux enfants de ces soldats… »-qu’est ce que c’est la guerre?…pourquoi maman pleure?… » les enfants de soldats comprennent très vite que la guerre pour eux c’est que leur papa ne reviendra peut être pas…

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  3. de Vincent Poursan
    posté le 26 avr 2010

    Amen

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  4. de JJ Bois
    posté le 26 avr 2010

    La Légion étrangère Française est et a toujours été le fleuron de nos Armées.
    Certains reportages récents visant clairement à destabiliser l’institution me paraissent scandaleux.
    Des hommes venus du monde entier se sacrifient pour nos libertés,et nous leur devons le plus grand
    respect,laissons aux légionnaires le soin de régler les problèmes des légionnaires…
    Ceux qui ne l’ont pas fréquentée doivent se taire,sur cette institution unique au monde.
    Hommage particulier au 2eme REP,souvenons nous de Kolwezi en 1978,et célébrons avec eux le 30 avril,
    commémoration de la bataille de Camerone,et grande fète de la Légion,depuis 1863.
    Paix à l’ame de Robert Hutnik,mort à 23 ans pour la France.

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  5. de Lyon qui pense
    posté le 26 avr 2010

    @Vincent Poursan. A ne rien respecter, vous qui avez même du trouver une planque pour votre service militaire, vous allez finir au MoDem ou dans une quelconque idéologie genre grenade à fragmentation.
    Pensez que par l’engagement de personnes comme Robert Hutnik, vous pouvez tranquillement en sirotant votre verre lire ce blog….

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  6. de Vincent Poursan
    posté le 27 avr 2010

    Merci pour les compliments.

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  7. de Patrick
    posté le 4 mai 2010

    Navrant de constater que ce type d’échange puisse répondre à l’abnégation et l’engagement (et peu importe que l’on soit « pro » ou « anti » militaire, ce n’est, me semble-t-il, pas le sujet…) dont font preuve ces soldats en Afghanistan.
    J’ai en mémoire une émission sur les troupes françaises envoyées là-bas, diffusée l’an passé sur France 2. Animée par Michel Drucker, sa dimension « people » était certes indéniable, mais il était intéressant de voir comment acteurs, comédiens ou humoristes pouvaient réagir une fois sur place. L’acteur Gérard Darmon ne cachait pas son « antimilitarisme » en embarquant dans l’avion. Ses larmes, au moment de quitter les soldats puis sur le plateau à l’issue de la diffusion du reportage, me reviennent en mémoire. Son expérience et l’émotion ressentie avaient balayé ses a-priori…

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  8. posté le 9 juin 2010

    Mort pour rien

    A la lecture de cet article, j’ai d’abord eu envie de rire, puis je me suis mis en colère. Sortez les violons, un homme payé pour tuer est mort !

    Personnellement, je ne préfère pas me souvenir de ce soldat. Et je ne parlerais pas d’un champs d’honneur, mais plutôt d’un bain de sang, ou d’un terrain de honte… Arrêtons de pleurnicher sur les soldats morts pour servir les intérêts des phallocrates européens !

    « Hutnik et ses camarades ont réussi l’incroyable pari de s’implanter dans la zone ». Mais la France n’a rien à faire en Afghanistan. En tout cas, certainement pas la guerre. L’armée est au service des puissants et si Hutnik avait compris cela, il serait encore en vie aujourd’hui.

    « ne frapper que lorsqu’on est certain, cogner peu, mais taper à coup sûr, fort et ciblé, seulement alors qu’on l’a décidé »
    Je suis profondément choqué par ce discours de petit coq. C’est à mon avis là un problème fondamental : non, ce n’est pas viril de faire la guerre, mais simplement crétin et primitif.

    Vous parlez de développement, mais comment cautionner d’un côté l’anéantissement de l’Afghanistan par nos armées et prétendre, de l’autre, souhaiter le développement du pays ?

    Et pour revenir sur le commentaire de « Lyon qui pense » : ce n’est pas grâce à l’armée que la France est libre. L’armée n’a jamais apporté que des régimes autoritaires!

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  9. de Whôpitain
    posté le 11 juin 2010

    La grève du Web chez Mr Bezieux ?

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