Delphine Minoui, grand reporter, prix Albert Londres 2006, couvre pour Le Figaro, depuis la capitale iranienne, la révolte de la rue face au pouvoir et à ce qu’il faut bien appeler le coup d’état d’Ahmadinejad. Il est 23h14, nous sommes le 17 juin. Delphine, par mail, me confie que « le nombre de journalistes commence à se réduire ici comme peau de chagrin… Mais je reste encore un peu… avant que ce soit le black-out total. C’est important de raconter ce qui se passe… »
Il faut dire que la presse n’a plus de droit de couvrir les manifestations, que le téléphone et les mails sont régulièrement coupés. Les blogs et les sites surveillés voire fermés autoritairement. Le témoignage de cette poignée de journalistes encore sur place et les nombreuses vidéos postées sur Dailymotion ou via Twitter font encore le lien. Pour combien de temps…
Delphine m’envoie son dernier papier destiné au Figaro. Je vous le livre in-extenso. Un témoignage d’une femme déjà expulsée de son propre pays il y a quelques années. Pour cause de journalisme !
A lire également le papier que je lui avais consacré en 2008 peu avant que je ne l’invite à faire une conférence à Lyon à l’occasion de la sortie de son livre « Les pintades à Téhéran ».
La société iranienne, en quête d’une nouvelle voie
Delphine Minoui, envoyée spéciale à TéhéranCe ne sont pas seulement les clivages sociaux qui opposent partisans et adversaires d’Ahmadinejad, mais aussi les valeurs idéologiques.
Elle court dans la nuit noire. Sans se retourner. Les coups ne lui font plus peur. Elle en a suffisamment reçus. En face d’elle : un cordon de miliciens islamistes barre la route au petit groupe de manifestants. Qu’importe. Ce soir, les pierres vont à nouveau valser. Une odeur de pneus brûlés flotte déjà dans l’air. Les slogans éclatent. «À mort le coup d’État !» hurle une bande de jeunes, en exigeant l’annulation du vote et la démission d’Ahmadinejad. À cheval sur leurs motos, les barbus, fervents défenseurs du président réélu, se mettent à cogner. Ils sont armés de bâtons. Baskets aux pieds, elle se réfugie derrière un abri de bus, en attendant le calme après la tempête. Un badaud tombe. Son bras droit est en sang. Faisait-il partie desmanifestants ? Ces jours-ci, difficile de faire la distinction entre protestataires et simples passants. Le fait même de sortir dans la rue après minuit constitue, en République islamique, une forme de désobéissance civile. «La contestation se généralise. Les Iraniens sont en train de se réveiller. Nous devons résister jusqu’au bout !», murmure la jeune femme.
Elle, c’est Anoucheh, une jeune architecte iranienne. Depuis notre rencontre inopinée de samedi dernier, elle ne rate aucune manifestation. En ce premier jour de contestation populaire, c’est elle qui est venue vers nous. Ou plutôt vers notre taxi, coincé dans les embouteillages de l’avenue Jordan, au nord de Téhéran. Un étrange hasard. Ses premiers et derniers mots : «S’il vous plaît, gardez un œil sur mes affaires !» Puis, la voilà qui disparaît dans le flot des manifestants, après avoir jeté son sac à dos à l’avant de notre voiture. Sans nous connaître, elle nous a confié une partie de sa vie – téléphone portable, clefs d’appartement, appareil photo et carte d’identité.Un étrange air de déjà-vu souffle sur Téhéran
Le lendemain, c’est elle qui nous recontacte, en composant le numéro de son mobile. Nous l’avions crue disparue pour toujours. «C’est pour ça que j’aime l’Iran et que je ne quitterai jamais ce pays !», nous glisse-t-elle, en réponse à notre étonnement face à la confiance qu’elle a accordée à d’illustres inconnus. «Ici, les gens s’aiment. Ils veulent la paix. La solidarité fait partie intégrante de notre culture. Ce n’est qu’une partie du pouvoir qui prône la violence», dit-elle, en nous dévoilant ses jambes complètement bleuies par les coups de matraques. Nous lui demandons son âge. «29 ans !» répond-elle. Vingt-neuf ans, l’âge de la révolution, à quelques mois près. En ces temps agités, un étrange air de déjà-vu souffle sur Téhéran…
Et pourtant. L’Iran n’est pas le même pays qu’il y a trois décennies. «En 1979, nous nous battions contre la tyrannie du chah, et son assujettissement à l’Amérique», relève Mohsen, un ancien révolutionnaire. «Nous rêvions de valeurs républicaines, de justice sociale et de démocratie. Mais nos espoirs furent confisqués par un seul groupe, celui des religieux. Aujourd’hui, on demande simplement que nos droits humains soient respectés», dit-il. À l’époque, l’Iran de l’ayatollah Khomeyni s’enferme dans une coquille islamique. Au milieu du nouveau drapeau iranien – vert, blanc, rouge – le mot «Allah» s’impose en lettres calligraphiques. Le culte du martyr pendant les huit années de conflit contre l’Irak soude le pays contre Saddam.
Au sortir de la guerre, l’heure est à la reconstruction. Le nouveau président conservateur Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, un des cerveaux de la révolution islamique, prône la libéralisation économique – une politique qui lui aurait permis, selon ses détracteurs, de se remplir les poches et d’augmenter sa richesse. À partir de 1997, nouveau look et nouvelle tendance. Son successeur, Mohammad Khatami, se lance dans toute une série de réformes qui vont du droit accordé aux jeunes couples de se tenir la main en public au dialogue des civilisations. Dans les rues, les foulards colorés fleurissent. Grâce à l’assouplissement de la censure, la presse ouvre le débat sur des sujets jusqu’ici tabous : les droits des femmes, le rapprochement avec l’Amérique, la démocratie islamique… Un référendum sur la Constitution est même envisagé.
L’ayatollah Ali Khamenei, le guide religieux – et numéro un du régime -, se serait-il senti mis en danger par cette nouvelle politique d’ouverture ? C’est la thèse de nombreux observateurs, qui cherchent à expliquer le virage à 180 degrés qui s’est produit avec la première élection d’Ahmadinejad, en 2005. Un virage néanmoins progressif, puisque le retour en force des ultras passa, d’abord, par les élections municipales de 2003, et les élections législatives de 2004. Avec Ahmadinejad, un ex-gardien de la révolution, au pouvoir, le traditionnel clivage entre conservateurs et réformateurs est révolu. Le cliché de «l’Iran des mollahs» n’a plus de raison d’être, une grande partie des religieux faisant désormais partie de l’opposition au régime de la République islamique d’Iran. Certains d’entre eux, comme l’ayatollah Montazéri – qui vient d’appeler à trois jours de deuil national en mémoire des manifestants tués lundi -, osent même remettre en cause le sacro-saint principe du velayat-e faghi, qui accorde les quasi-pleins pouvoirs au guide suprême.«Les jours qui viennent seront décisifs»
La bataille se livre désormais sur un autre terrain : celui d’une lutte interne entre turbans et pasdarans. Autrement dit : les religieux face aux gardiens de la révolution, nouveaux acteurs politiques et économiques du pays. Une véritable fissure au sein même du pouvoir qui s’illustre par la bataille de l’ombre qui oppose aujourd’hui deux hommes : Ahmadinejad d’un côté – qui bénéficie de l’appui stratégique du guide suprême – et Rafsandjani de l’autre – qui s’est rapproché, par intérêt stratégique, de ses anciens adversaires réformistes, dont Mir Hossein Moussavi – qu’il vient de soutenir aux élections de vendredi. «Si le guide préfère aujourd’hui jouer la carte Ahmadinejad, en privilégiant les valeurs militaires aux valeurs religieuses, c’est parce qu’il se sent mis en danger par Rafsandjani», suggère un analyste iranien sous couvert de l’anonymat. En ajoutant : «N’oubliez pas que Rafsandjani dirige, depuis 2006, l’Assemblée des experts, chargée d’élire, de superviser, voire de démettre le guide.» C’est cela qui, selon lui, pourrait justifier la thèse des fraudes électorales, même si, rappellent les connaisseurs du pays, il reste indéniable qu’Ahmadinejad bénéficie d’appuis sérieux lui garantissant un bon nombre de voix : les pasdarans, les réseaux des bassijis et l’Iran des campagnes, où les aides sociales de son gouvernement ont favorisé le petit peuple.
Mais attention, prévient le chercheur d’origine iranienne Babak Rahimi, c’est méconnaître l’Iran que de penser que le clivage entre les pro-Ahmadinejad et les pro-Moussavi se fonde uniquement sur des différends sociaux. «Il est erroné de penser que les milieux populaires des campagnes ont tous voté pour Ahmadinejad, et la classe moyenne des villes pour Moussavi», remarque-t-il. D’après lui, ce sont les valeurs idéologiques qui divisent aujourd’hui, avant tout, les Iraniens : les uns s’identifiant à l’image d’un Iran fort, prôné par Ahmadinejad, qui se réfugie dans un discours fondamentaliste et belliqueux ; les autres se reconnaissant dans l’esprit d’un Iran plus démocratique, qui s’ouvre sur le monde. Lequel des deux clans sera capable de l’emporter ? La question reste en suspens. «Les jours qui viennent seront décisifs», prévient un sociologue qui préfère, lui aussi, taire son nom. «Deux scénarios sont possibles : une répression sévère et un durcissement du régime, ou bien une paralysie politique sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, sous la pression de la rue, qui poussera, peut-être, _l’establish ment à accepter certains remaniements politiques», dit-il. Dans les deux cas de figure, l’Iran semble encore loin d’une seconde révolution… Et pourtant, la grogne est en train de déteindre progressivement sur les provinces, emportant dans sa vague des personnes restées, jusqu’ici, apolitiques. «Je n’ai pas voté aux élections, nous avoue Anoucheh, la jeune architecte. Mais aujourd’hui, je suis la première à descendre dans la rue, dans l’espoir de jours meilleurs. Car c’est la seule forme dont nous disposons pour faire entendre notre voix», dit-elle.
Le blog de Delphine, c’est ici
Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a déclaré au micro de RTL mercredi matin, que la France considérait qu’il y avait eu fraude électorale à l’élection présidentielle iranienne. « Nous sommes inquiets et attentifs, et d’après les éléments que nous possédons, cela nous incline à penser que quelque chose s’est grippé dans la machine. Nous pensons que l’ampleur de la réaction populaire et de la répression est telle que quelque chose s’est passée. Nous en sommes convaincu » , a t-il estimé.
peut t »on vraiment été surpris?
et chez nous en France,on le fait et oui?
et kouchner est muet
la bas,tout est verrouiller partout comme l »était les régimes communistes,
ici c »est le religieux
rien ne se passe,un religieux en vaut un autre,
c »est le plus fanatique qui va l »emporter avec ses gardiens de la révolutions et l »armée
au final,l »état d »israel va faire sauter ces usines pour assurer sa propre sécurité,
le plus vite possible pour l »effet de surprise et pendant le chaos pour le pouvoir