La langue rose

Lyon est réputée pour la tripaille, les abats. La langue en fait partie. Depuis ce matin, grâce à Libération, je me régale de langue rose.
Jean-Yves, fais quelque chose, ils ont oublié de la tourner !

Jean-Yves, c’est mon camarade blogueur, Jean-Yves Sécheresse, patron du groupe PS au conseil municipal. Autrefois jospiniste, aujourd’hui royaliste. S’il manie parfois la langue de bois, il est plutôt adepte de la langue sauce diable. Mais rien à voir avec la langue rose fourchue de Jospin qui nous livre un énième brûlot anti-Royal. A croire qu’il va falloir créer un rayon spécialisé chez Privat ou à la Fnac. Cohabiteront perfidement “La défaite en chantant” de Claude Allègre, “L’élection imperdable” de Claude Bartolone ou encore “Au revoir Royal” de Marie-Noëlle Lienemann. Bref, du lourd. Ou comment pratiquer le sado-masochisme. Manquent plus que deux ou trois coups de martinet, une planche à clous et une croix de Saint André pour terminer le tableau.
Mais c’était sans compter sur Jospin, tout frais rentré de l’île de Ré où il coulait une retraite apparemment bilieuse. Libération nous livre ce matin les bonnes feuilles de son dernier livre baptisé sobrement (!) : “L’impasse”.
Sympa comme scoop. D’autant que Libé, potache comme à son habitude, a fait sa une sur l’affaire avec le titre “Jospin flingue Royal”. De quoi faire exploser le compteur des ventes et polluer durablement les journées parlementaires socialistes qui démarraient ce matin ! “On vous rappelle qu’il faut éteindre les portables et refermer le bouquin de Jospin”, ironisait d’ailleurs un dessin humoristique projeté dans l’auditorium où se tenait la réunion des parlementaires socialistes.

Pas tendre, l’ancien Premier ministre somme les socialistes d’empêcher Ségolène Royal de s’emparer du PS lors du congrès prévu en 2008 ou d’être à nouveau candidate en 2012. “Avoir commis une erreur ne justifie pas qu’on la réitère”, exhorte-t-il, présentant l’ancienne candidate comme “une figure seconde de la vie publique” qui n’était “pas taillée pour le rôle”.
Il flingue à tout va, langue rose dardée : Ségolène Royal, à ses yeux, n’était pas en mesure de l’emporter, “non pas parce qu’elle était une femme, mais parce que j’avais pu me faire une idée assez exacte de ses qualités, notoires, et de ses insuffisances, réelles.”
Une critique qui rejoint celles déjà étalées au grand jour par son ancien ministre de tutelle Claude Allègre ou certains de ses ex-collaborateurs de Poitou-Charentes.

Depuis le Québec, où elle s’est rendue sans Gérald Dahan, auteur d’un irrésistible canular durant la campagne (le réentendre d’un clic ), Sa Bravitude a préféré faire appel à Dieu. Dieu ? Mitterrand ? Non, l’autre, le vrai ! “J’ai l’impression, en lisant tous ces ouvrages, que si j’étais Jeanne d’Arc, j’aurais déjà été brûlée vive (…) Au fond, “pardonnez-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font”.
On avait eu droit à l’image subliminale de la Vierge durant la première partie de sa campagne des présidentielles, voici qu’elle se prend désormais pour une martyr. Et non des moindres.
Il faut dire que les langues roses se déchaînent, au risque de faire oublier l’essentiel : le PS est-il capable de se rénover, de bouger, de retrouver des racines… J’entendais ce matin le rédac chef de Libé, Laurent Joffrin, sur France Info. Il estimait que le PS avait quatre ans devant lui. Donc le temps. Eludant d’une pichenette les municipales. Comme si elles n’étaient pas dignes du regard. Je crois, pour ma part, que le PS gâche son temps à force de ne plus être du nôtre.
Allez, cher Jean-Yves, redresse ton menton et tonne. Le PS est devenu fou, il va y perdre sa langue !

Tiens, en parlant de langue rose, en voici un qui a perdu une bonne occasion de la laisser au chaud : Kouchner. Au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI, dimanche, il a déclaré à propos de l’Iran : “il faut se préparer au pire”. Et quand les journalistes lui ont demandé de préciser sa pensée, le chef de la diplomatie a répliqué C’est la guerre.” “On se prépare en essayant d’abord de mettre au point des plans qui sont l’apanage des états-majors, et ça ce n’est pas pour demain”, a-t-il poursuivi. “Mais on se prépare en disant : nous n’accepterons pas que cette bombe (atomique iranienne) soit construite, suspendez l’enrichissement de l’uranium et on vous montre que nous sommes sérieux.”
Même si le reste de son propos a fait la part belle à la négociation, la diplomatie en a pris un coup dans l’aile.
Je vous laisse méditer ces phrases : “Un homme qui se possède et qui est toujours de sang-froid a un grand avantage à traiter avec un homme vif et plein de feu, et on peut dire qu’ils ne combattent pas avec armes égales. Pour réussir en ces sortes d’emplois, il faut beaucoup moins parler qu’écouter, il faut du flegme, de la retenue, beaucoup de discrétion et une patience à toute épreuve.” Elles sont de François de Callières, diplomate, émissaire spécial de Louis XIV, enseigné dans toutes les grandes universités du monde. Tirées d’un ouvrage, “L’art de négocier”, qu’il a écrit à l’attention de Louis XV et du Régent, le Duc d’Orléans.
On est bien loin des formules à l’emporte pièce, menton en avant. On parle ce soir d’imprudence. En diplomatie, elle est source des plus grands malheurs ! D’autant que la tension est forte avec l’Iran.
A Vienne, le directeur général de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), Mohamed El Baradei, chargé de contrôler le programme nucléaire iranien, a fermement récusé la perspective à ce stade d’une option militaire contre l’Iran.
“Nous avons affaire à un dossier très lié à la paix, à la sécurité et à la stabilité régionale au Proche Orient. C’est pourquoi je demanderai à tout le monde de ne pas se laisser emporter jusqu’à ce que nous soyons parvenus au bout de la procédure de vérification”, a-t-il souligné au premier jour de l’assemblée générale des 144 pays membres de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
“J’ai clairement signifié que je ne voyais pas en ce moment de danger clair concernant le programme nucléaire iranien”, a ajouté le chef de l’AIEA, sur la base des dernières inspections menées par l’agence en Iran.

Tiens, en parlant d’Iran, Delphine Minoui, journaliste, Prix Albert Londres 2006, viendra parler de l’Iran et de son dernier livre “Les pintades à Téhéran” (lire mon papier du 10 septembre) le jeudi 27 septembre à 18h30 à la mairie du 6è arrondissement (métro Foch ou Masséna).

Venez nombreux, Delphine est une journaliste (et une femme) épatante ! Nous pourrons aborder ensemble l’actu diplomatique du moyen-orient… sans langue de bois !
Mais nous aurons l’occasion d’en reparler…

Les Commentaires ( 5 )

  1. de Jean François
    posté le 18 sept 2007

    Et ils sont ou, et ils sont ou les socialos ? (air connu !)
    Et dire qu'ils nous ont donn é des leçons de solidarité durant des années. OUAF !!

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  2. de Mounir
    posté le 18 sept 2007

    Bravo pour ton blog Eric.
    Le plus drôle, je l'apprend par le Monde, c'est que la France sera représenté aux Oscar par “Persepolis”, un film franco-iranien de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud ! Comme quoi la culture n'a pas de frontières.

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  3. de AFP
    posté le 18 sept 2007

    Iran: Poniatowski (UMP) critique Kouchner

    Le président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée Axel Poniatowski a critiqué aujourd'hui les déclarations du ministre Bernard Kouchner sur le nucléaire iranien, affirmant qu'il restait encore “une vaste palette” de sanctions avant l'action militaire.
    Le ministre des Affaires étrangères a estimé dimanche que le monde devait se “préparer au pire”, c'est-à-dire à la possibilité d'une “guerre” avec l'Iran et a demandé des sanctions européennes.
    “Ces déclarations ne sont ni d'à propos ni de circonstance. Il y a une vaste palette qui peut encore être prise dans le domaine des sanctions économiques à l'égard de l'Iran avant même de commencer à envisager quelque plan militaire que ce soit”, a déclaré M. Poniatowski dans les couloirs de l'Assemblée.
    (Avec AFP).

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  4. de Xavier MARTI
    posté le 18 sept 2007

    L'attaque en règle de Mr Jospin est aussi stupide que la réponse de Mde Royal !
    Mr Jospin a surement besoin de quelques Euros ( ? ) et du mal à admettre que l'on peut facilement se passer de lui !
    Segolène Royal, comme à son habitude, adore les caméras, la publicité gratuite et passer pour la madone de service !
    Pour ce coup-ci, un partout !
    La balle au centre …….
    ( Je suis allé la cherhcer loin celle-là !! lol !! )

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  5. de jean louis
    posté le 22 sept 2007

    La droite a aussi ses tireurs d'élites.
    Entendu sur europe 1 hier matin
    “Rachida DATI n'a pas été nommée pour ses compétences mais parce que c'est une femme,un symbole et le toutou (ou chouchou) du couple présidentiel”
    bien sur c'est un penseur (que j'aime bien par ailleurs) procureur général à la cour de cassation

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