Du metro au Financial Times

Paris, gare Saint Lazare, 12h15 ce mardi. Un coup de sifflet attire mon attention. Encore un nervis de l'odieux Sarkozy qui fait du zèle ? Eh non…

 
Derrière le sifflet, une casquette rouge vissée sur la tête, un individu badgé CGT donne du coffre. Derrière lui, une cinquantaine de personnes porteuses de drapeaux, de pancartes et de badges. "Non aux licenciements chez Alcatel Lucent". Une manif se prépare…
La queue se forme aux portillons. J'attends. Qu'elle n'est pas ma surprise de voir ces militants franchir le portillon à la queue leu leu sans payer… Une bonne âme, sans doute sensible à leur détresse, avait réussi à bloquer les portes. Toujours ça de gagné !
Dire que j'aurais vu des militants de la CGT appliquer le programme de Besancenot (lire mon billet : "reviens Jean Valjean"). C'est Georges (Marchais !) qui doit se retourner dans sa tombe…
Eh vous savez la meilleure : pas un contrôleur à l'horizon… Notez, heureusement. Imaginez l'algarade. On aurait encore dit que c'était la faute à Sarko !

Sinon, je ne résiste pas à cet article trouvé sur le site du Financial Times. Giscard disait qu'il fallait souvent lire la presse étrangère pour se faire une idée de ce qui se passe en France. Le Béarnais est servi ! A point…

 
François Bayrou ou l'indécision française
Il faut savoir reconnaître ses torts. Il y a quelques semaines, j'ai eu l'occasion d'interroger l'un des trois grands candidats à l'élection présidentielle française et je l'ai manquée. En tout honnêteté, c'est même pire : je n'étais presque pas là !
C'était à l'occasion d'un assez grand dîner, à Versailles. L'orateur du soir se tenait sur une petite estrade. A la moitié de son discours, je me suis réveillé en sursaut. Il me semblait que je ne m'étais assoupi que quelques secondes, mais en rouvrant les yeux je sentis le rouge me monter au visage. Je jetai un œil autour de moi, confus. L'assistance était parfaitement calme. Je n'étais pas le seul à piquer du nez.

Je rejetai la cause de mon impolitesse sur le dîner et le vin – tous les deux excellents, naturellement – ainsi que sur la fatigue d'un pénible Londres-Paris. Mais, pour dire toute la vérité, l'orateur de ce soir-là – en dépit de toutes ses qualités – n'était pas précisément un grand tribun. J'étais également assez imperméable à l'exposé d'un projet politique promettant une continuité de la politique fiscale, le fédéralisme européen et une réforme radicale des institutions de la Ve République.

Et, à ce instant-là, rares étaient ceux dans la salle qui imaginaient que l'hétérodoxe François Bayrou, leader de la petite UDF, était sur le point de créer la surprise dans la campagne présidentielle. [...]

Cela étant dit, la percée de Bayrou reflète parfaitement l'ambivalence torturée des Français. Les deux principaux candidats appellent à un changement, Sarkozy d'une façon plus convaincante que Ségolène Royal. C'est ce que les électeurs disent vouloir. Un récent sondage montrait que plus de la moitié des Français pensent que leur pays est en déclin. Mais la France a également peur du changement. Le point fort de Bayrou est de n'être ni Sarkozy ni Royal.
En début de semaine, un ami français, fin observateur de la vie politique française, se disait indécis, comme près de 40 % de l'électorat français. Il pourrait voter pour Bayrou. Pourquoi ? Il était clair que Ségolène Royal n'avait pas les compétences, et il paraissait évident que Sarkozy était le mieux qualifié. Mais il y avait quelque chose d'irritant – son populisme ? son franc-parler affiché ? – chez le candidat hyperactif. Dès lors, mon ami craignait autant de voir Sarkozy gagner que de le voir perdre. La remarque de lord Salisbury, Premier ministre de la reine Victoria, me revint à l'esprit : Changer ? Pour quoi faire ? Les choses vont assez mal comme ça…
Pourtant, cette ambivalence s'explique. Une majorité de Français ont maintenu un certain confort économique et culturel dans cette période de déclin relatif. Même un libéral anglo-saxon reconnaîtra que les facteurs d'inertie de la France – l'intransigeance dans le domaine public, la splendeur de la ruralité, la prospérité du petit commerce – font aussi son attrait.

Néanmoins, le reste du monde a déjà plus ou moins son opinion. A ma connaissance, aucun responsable politique de part et d'autre de l'Atlantique ne s'est prononcé en faveur de Royal ou de Bayrou. Il est généralement admis que Sarkozy serait un bon choix pour la France et surtout pour le reste du monde.

Certains observateurs ont en tête la vision, exagérée selon mes amis français, d'un Sarkozy acquis à l'économie de marché libérale. C'est peut-être vrai. Mais l'idée est surtout qu'un président français de droite pourrait relancer la réforme des économies européennes. Et, si l'Europe a besoin de quelque chose, c'est bien de renouer avec une croissance soutenue.

Finalement, et je pense que c'est le plus important, Sarkozy apparaît comme l'homme du renouveau des relations transatlantiques. J'ai entendu certains diplomates européens dire qu'un rapprochement entre Paris et Washington rendrait les choses plus faciles. Angela Merkel serait plus à l'aise dans le couple franco-allemand, les relations avec le Royaume-Uni seraient moins tendues et la coopération entre l'Union européenne et l'OTAN en seraient facilitées.

Tout cela paraît bien ambitieux. Le libéralisme de Sarkozy a ses limites et, s'il est incontestablement plus proche de Washington que Jacques Chirac, il n'en est pas non plus à tomber dans les bras de Bush. Quant à la Constitution européenne, a-t-on pensé à interroger à ce propos l'eurosceptique Gordon Brown, futur Premier ministre britannique ?
Une chose est sûre, pourtant : les enjeux de cette élection dépassent les frontières de la France. Ségolène Royal, avec sa culture de droite et sa politique économique de gauche, est un mystère. La promesse de Sarkozy de réveiller la France est un coup de dés. Et Bayrou ? Je crains qu'il ne nous endorme tous.

Philip Stephens

 

 

Les Commentaires ( 2 )

  1. de Elodie
    posté le 4 avr 2007

    Je viens d'entendre Marine Le Pen sur France Info. Elle juge que les politiques de droite comme de gauche ont été inefficaces. « Face à ces échecs répétés, il n'y a qu'une solution le vote Front National ».

    Je crois entendre l'un des arguments favori de François Bayrou. Seule, pour lui, la conclusion change : Votez François Bayrou!
    Le même nous explique, main sur le coeur, qu'il constituera un gouvernement d'Union Nationale du style : on prend les mêmes et on recommence!

    Pour cet agrégé de Lettres, les mathématiques sont simples :
    0+0 = La tête à Bayrou !

    Dis Fraçois, si tu es élu et que tu échoues, ce sera quoi la solution?

    C'est Marine qui va être contente!

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  2. de Patrick
    posté le 5 avr 2007

    Après être passé du  ni-ni Ÿ au  et-et Ÿ, François Bayrou a visiblement opté pour une nouvelle stratégie, le fameux  TSS Ÿ (Tout sauf Sarkozy) qui mobilise tant une partie de l’électorat de gauche, et c’est précisément sur cet électorat que François Bayrou lorgne désormais, lui qui semble avoir lancé une véritable OPA sur les voix du Parti socialiste, sans doute poussé par ces étranges sondages qui simulent un deuxième tour entre lui et Sarkozy. Relative barre à gauche dans le discours du candidat UDF, les thèmes jugés trop à droite sont bannis. L’identité nationale ? Lepéniste. La sécurité ? Lepéniste. Sa réaction face aux incidents à la Gare du Nord vaut presque celle d’un Besancenot ou d’un Bové, et le citoyen moyen reste éberlué devant ce qu’il ne sait pas bien identifier : mauvaise foi ou idéologie ?

    Oui, François Bayrou chasse désormais clairement sur les terres de la gauche, mais pas n’importe laquelle : celle du 21 avril 2002. Autant dire qu’il chasse du vide. Ce faisant, il s’aliène un peu plus chaque jour ceux qu’il avait réussi à séduire par son discours sérieux et innovant. Souhaitons-lui de retrouver ses esprits avant longtemps, sans quoi il finira le 22 avril 2007 comme Chevènement en 2002 : défait, ridiculisé et contraint de réintégrer son camp.

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