Le clivage droite-gauche a-t-il encore un avenir ? C'est le titre de la conclusion de l'un des derniers ouvrages de René Rémond, brillant historien spécialiste des droites en France qui vient de disparaître. Et que répondait-il ?
Il est des livres qui hantent les rayonnages des bibliothèques de tout étudiant passionné par les sciences politiques et l'histoire. Publié pour la première fois en 1954,
La Droite en France de 1815 à nos jours de René Rémond s'est rapidement imposé comme l'analyse de référence sur les droites françaises. Cet ouvrage fut d'ailleurs le premier à en définir les trois composantes : légitimiste, orléaniste et bonapartiste. Composantes qui perdurent depuis 1789.
René Rémond vient de mourir. Il présida la Fondation nationale des sciences politiques jusqu'en janvier 2007, et avait été élu à l'Académie française le 18 juin 1998 au fauteuil de François Furet.
En 2005, cet historien brillant achevait son essai en publiant Les Droites aujourd'hui, de la perte du pouvoir en 1981 à sa reconquête fragile.
Pour cet analyste pointu, "le clivage droite-gauche a des racines très profondes et correspond à des différences essentielles de culture et de sensibilité qui transcendent les choix circonstanciels et perdurent à travers les changements politiques et les mutations de société."1
Dans sa conclusion, après un survol des résonances de ces notions droite/gauche en dehors de la France, il réitère son avis estimant que "exception faite de quelques petites formations qui refusent d'entrer dans ce schéma, toutes les grandes forces politiques se sont ordonnées autour de deux pôles majeurs dont l'un accepte de se dire de droite et dont l'autre affiche sa position de gauche. Droite et gauche ne seraient-elles pas des catégories universelles ?"
Une pierre dans le jardin du Béarnais qui préfère le non choix au choix. La relecture du passage sur l'histoire du MRP, ancêtre du CDS, parti co-fondateur de l'UDF de Giscard, me remplit d'aise. Tellement d'actualité. "La vision de l'autre famille, celle des démocrates-chrétiens est, sans jeu de mots, radicalement différente. L'antagonisme de la droite et de la gauche leur déplaît foncièrement. Toute division blesse leur attachement à l'unité."2 Souvenons-nous de la participation du MRP aux négociations avec Gaston Defferre, personnalité montante de la SFIO et candidat virtuel aux présidentielles de 1965 qui lie sa candidature à la constitution d'une grande fédération qui irait des socialistes au MRP. Déjà… "Mais, en rompant avec la SFIO en 1964 et en prenant la responsabilité de torpiller le projet de grande fédération, le MRP a choisi d'être de droite."2 Quelques années plus tard, le MRP devenait le CDS…
Quelles conclusions faut-il en tirer, allez-vous me dire ? Aucune, si ce n'est que l'histoire, dans notre pays, a pour habitude de se répéter. Voire de bégayer. Et que, dans sa grande utopie, François Bayrou, rejoint par une (petite) poignée d'hommes du centre gauche, ou catalogués comme tel, revient aux sources. Mais l'eau sera-t-elle assez profonde pour sa barque ? Réponse dimanche soir à 20 heures !
1 : Les Droites aujourd'hui, Editions Audibert, page 106
2 : ibid, page 268
Par Erick Roux de Bézieux le 15.04.2007 dans Du son et des mots
La division droite-gauche a-t-elle un avenir ? C'est le titre de la conclusion de l'un des derniers ouvrages de René Rémond, brillant historien spécialiste des droites en France qui vient de disparaître. Et que répondait-il ?
Il est des livres qui hantent les rayonnages des bibliothèques de tout étudiant passionné par les sciences politiques et l'histoire. Publié pour la première fois en 1954,
La Droite en France de 1815 à nos jours de René Rémond s'est rapidement imposé comme l'analyse de référence sur les droites françaises. Cet ouvrage fut d'ailleurs le premier à en définir les trois composantes : légitimiste, orléaniste et bonapartiste. Composantes qui perdurent depuis 1789.
René Rémond vient de mourir. Il présida la Fondation nationale des sciences politiques jusqu'en janvier 2007, et avait été élu à l'Académie française le 18 juin 1998 au fauteuil de François Furet.
En 2005, cet historien brillant achevait son essai en publiant Les Droites aujourd'hui, de la perte du pouvoir en 1981 à sa reconquête fragile.
Pour cet analyste pointu, "le clivage droite-gauche a des racines très profondes et correspond à des différences essentielles de culture et de sensibilité qui transcendent les choix circonstanciels et perdurent à travers les changements politiques et les mutations de société."1
Dans sa conclusion, après un survol des résonances de ces notions droite/gauche en dehors de la France, il réitère son avis estimant que "exception faite de quelques petites formations qui refusent d'entrer dans ce schéma, toutes les grandes forces politiques se sont ordonnées autour de deux pôles majeurs dont l'un accepte de se dire de droite et dont l'autre affiche sa position de gauche. Droite et gauche ne seraient-elles pas des catégories universelles ?"
Une pierre dans le jardin du Béarnais qui préfère le non choix au choix. La relecture du passage sur l'histoire du MRP, ancêtre du CDS, parti co-fondateur de l'UDF de Giscard, me remplit d'aise. Tellement d'actualité. "La vision de l'autre famille, celle des démocrates-chrétiens est, sans jeu de mots, radicalement différente. L'antagonisme de la droite et de la gauche leur déplaît foncièrement. Toute division blesse leur attachement à l'unité."2
Souvenons-nous de la participation du MRP aux négociations avec Gaston Defferre, personnalité montante de la SFIO et candidat virtuel aux présidentielles de 1965 qui lie sa candidature à la constitution d'une grande fédération qui irait des socialistes au MRP. Déjà…
"Mais, en rompant avec la SFIO en 1964 et en prenant la responsabilité de torpiller le projet de grande fédération, le MRP a choisi d'être de droite."2 Quelques années plus tard, le MRP devenait le CDS…
Quelles conclusions faut-il en tirer, allez-vous me dire ? Aucune, si ce n'est que l'histoire, dans notre pays, a pour habitude de se répéter. Voire de bégayer. Et que, dans sa grande utopie, François Bayrou, rejoint par une (petite) poignée d'hommes du centre gauche, ou catalogués comme tel, revient aux sources. Mais l'eau sera-t-elle assez profonde pour sa barque ? Réponse dimanche soir à 20 heures ! Pour ma part, j'ai ma petite idée là dessus…
1 : Les Droites aujourd'hui, Editions Audibert, page 106
2 : ibid, page 268
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